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Après le spectaculaire courant architectural qu'était l’Art nouveau, qui a inspiré de nombreux architectes à Strasbourg entre la fin du 19ème et le début du 20ème siècles, un nouveau courant apparaît au début des années 1920, l’Art déco. Aux lignes courbes et tournoyantes, aux façades chargées, colorées et décorées de motifs floraux de l’Art nouveau, émergent désormais des lignes droites et épurées, des motifs géométriques et répétitifs. A Strasbourg où de nombreux immeubles ont été édifiés ou reconstruits après la Première Guerre mondiale, les exemples ne manquent pas.


Qu'est-ce qui caractérise le mouvement Art déco ?

Comme souvent dans l’architecture, c’est en opposition à un courant architectural installé que naissent les nouvelles idées, des styles différents et de nouveaux codes. L’Art déco n’a pas dérogé à cette règle, lui qui s’est inscrit dans les années 1920 en opposition à l’Art nouveau, ce style dont les détracteurs l’affublaient de « style nouilles » en raison de ses courbes virevoltantes. Consacré par l'Exposition internationale des arts décoratifs et industriels modernes à Paris en 1925, l'Art déco couvre la période des « années folles », censée faire oublier les millions de morts de la Grande Guerre.

Né dans les arts appliqués, l’Art déco fait rapidement écho dans l’imagination de peintres, de créateurs de mode, de sculpteurs et d’architectes. Style iconique mêlant des lignes strictes, sobres et géométriques, des motifs triangulaires, des cercles et des octogones, il se veut avant-gardiste au plan architectural en utilisant des matériaux inédits tels que l’acier inoxydable, le chrome, l’aluminium ou le verre plat. Si la marque de fabrique de l’Art déco est une certaine forme de sobriété, il n’en demeure pas moins créatif. Tout au long des années 1920 et 1930, les architectes apportent leur créativité et leur inspiration aux nouvelles constructions. Par exemple, les constructions inspirées par l'Art déco se caractérisent à l'époque par l’absence d’angles droits et l’insertion de « bow-windows » au sein des façades. Quel changement après l'Art nouveau !

L’économie florissante de l’après-guerre et l’exubérance des années folles donnent aux constructeurs l’envie et les moyens d’utiliser des matériaux luxueux et innovants, ce qui explique pourquoi les immeubles construits au début des années 1920 sont parmi les plus riches, les plus travaillés et les plus décorés de l'Art déco. Car si la sobriété de façade du mouvement Art déco est assumée, elle n’entame en rien la créativité des architectes et les budgets qui consacrés à la construction. On trouve ainsi sur les immeubles Art déco des décorations et des ferronneries sur les portes, les garde-corps des balcons et à l’intérieur des cages d’escalier, représentant souvent des fleurs et des fruits.


Le style « Paquebot »

Art inspiré par le progrès technique, l’Art déco s’entiche également des nouvelles inventions et des découvertes de l'époque : il met en scène les trains, les voitures, les avions et les paquebots. Justement, en parlant de paquebot, l’Art déco accouche à l'époque d’un style architectural inimitable et reconnaissable entre mille, le style… « paquebot » ! Considéré comme une branche tardive de l’Art déco, le style « paquebot » conserve les principes fondateurs de l’Art déco, tout en promouvant les formes lisses et horizontales des façades, les grands ensembles de fenêtres, les briques de verre et les angles arrondis à la place des angles droits. Des éléments empruntés à l'univers marin, très en vogue alors, sont également agrégés aux façades et aux décorations des immeubles, comme des hublots par exemple. Des hublots ronds, des hublots hexagonaux, des hublots octogonaux : tout est permis tant que cela rappelle… un paquebot !


La crise de 1929, le point de rupture

Tandis que l’Exposition internationale des arts décoratifs et industriels modernes à Paris fait de l’Art déco, en 1925, un courant mondial qui dépasse rapidement les frontières du Vieux Continent pour s’imposer aux Etats-Unis, avec des réalisations iconiques comme le Chrysler Building à New-York, et qui coïncide avec la croissance fulgurante des années 1920 outre-Atlantique, un brutal coup d’arrêt se produit en 1929.

Mardi 29 octobre 1929, jour d’un krach boursier qui secoue la planète. C'est l’économie mondiale qui s'enlise. S’en ensuivra la Grande dépression, une période marquée par une longue récession économique. Cette crise entraîne dans son sillage l’Art déco et donne du plomb dans l’aile des créateurs de l’époque, car les constructions sont de moins en moins nombreuses au début des années 1930, les matériaux utilisés sont rapidement remplacés par des matériaux moins chers et les ornements sont moins nombreux et moins recherchés pour limiter les dépenses.


L’Art déco à Strasbourg

Dans une ville qui a vécu de nombreuses mutations à la fin du 19ème siècle, avec tour à tout l'avènement de l'Art nouveau lors de la création de la Neustadt, la réhabilitation du centre-ville lors de la Grande percée et son développement économique et culturel, Strasbourg embrasse la vague du courant Art déco dès les années 1920 et jusqu'à la fin des années 1930. De nombreux immeubles ont été érigés suivant les codes des années 1920-1930. Jugez plutôt :

Rue de Bouxwiller, entre l'actuelle place des Halles et l'Avenue des Vosges. Dans cette rue de Strasbourg figurent deux splendides immeubles caractéristiques du mouvement Art déco, les 1 et du 2 rue de Bouxwiller. Tous deux construits entre 1935 et 1937, ils remplissent parfaitement le cahier des charges de ce mouvement. Le 1 rue de Bouxwiller est un immeuble d’angle où figurent en effet de nombreux oriels, une corniche au-dessus du rez-de-chaussée et un dôme en forme de polygone au dernier étage. Le voisin du 2 rue de Bouxwiller, quant à lui, est un exemple éclatant du style « paquebot », avec une proue impressionnante au dernier étage. Mêlant tous les éléments traditionnels de l’Art déco avec ses ferronneries au premier étage, ses angles à pans coupés, ses frontons ainsi que des formes qui rappellent l’univers marin comme sa proue, cet immeuble dispose également de bow-windows.

Justement, le style « paquebot » est très présent au centre de Strasbourg, en particulier entre la place de la Bourse et le quartier suisse, aux confins de la Krutenau. Les immeubles du 7 rue de Berne, du 10 et du 15 rue Jacques Peirotes ainsi que les immeubles des 6 et 10 rue Saint-Gothard sont des rappels d’un navire grâce à des lignes horizontales, ponctuées par des corniches entre le rez-de-chaussée et le premier étage puis entre le quatrième et le cinquième étages, des angles arrondis, de nombreuses fenêtres et un « chapeau » vitré qui évoque la proue d’un navire. Effet garanti !

On trouve à Strasbourg d'autres immeubles inspirés de paquebots, par exemple le 5 rue du Travail et le monumental 2 rue du Général Rapp. Ce dernier est construit entre 1935 et 1936, à l’angle des rues du Général Rapp et rue Oberlin, sous les ordres de l’architecte « spécialiste des paquebots », Tim Helmlinger, et dispose de bow-windows, de corniches et de la fameuse proue.

Le 11 rue d’Ingwiller quant à lui est un immeuble Art déco plus conventionnel dont la géométrie des façades fait alterner les nombreuses fenêtres et les jeux de vides et de pleins où se nichent les balcons. En parlant de géométrie, que dire de l’immeuble occupé historiquement par le Gaz de Strasbourg à l’angle du 1 rue des Bonnes Gens et du 15 place des Halles. Les amateurs y reconnaîtront la géométrie et la symétrie des éléments des façades, en particulier cet effet d’accordéon sur la partie supérieure du bâtiment. Cette reproduction d’un accordéon grâce à ses oriels à deux pans rappelle les façades du 6 rue Sédillot, un immeuble qui possède par ailleurs un « bloc » au dernier étage, en guise de proue. Au 3 place de Zurich enfin, c'est un immeuble d'angle plus traditionnel qui est achevé en 1936, outre des belles sculptures dans la pierre, on y distingue sur ses façades toutes les caractéristiques de l’Art déco, en particulier un oriel d’angle et une magnifique porte en fer forgé typique des années 1930.


Une quête vers la modernité

L’essence-même de l’Art déco est une quête vers la modernité, après une guerre sanglante qui a traumatisé les peuples. L’Art déco devient alors l’art de la géométrie et de la symétrie, par opposition à l’Art nouveau, et il s’inspire des inventions de l’époque pour exprimer son admiration de la science, des découvertes et des voyages. Ce courant architectural s’inscrit dans l’état d’esprit de l’époque, la modernité à tout crin, et réfute les idées poétiques de l’Art nouveau, jugées farfelus désormais. Utilisant d'abord des matériaux extrêmement luxueux, onéreux et exotiques, l’Art déco devient ensuite un art de masse, après la crise de 1929. L'Art déco passera ainsi des bois exotiques, des cuirs, du galuchat et de l’ivoire à la bakélite et à un tout nouveau matériau, le plastique.

A la manière de l’Art nouveau qui n’aura perduré qu’une vingtaine d’années jusqu'à la Première Guerre mondiale, le mouvement de l’Art Déco a connu son âge d'or durant une vingtaine d'années également, la Seconde Guerre mondiale interrompant son élan. Pour autant, un siècle après son avènement, l'Art déco inspire toujours de nombreux artistes.

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